A la memoire de Marina Vlady
Son pere chantait, loin de son pays,
Sa mere, en dansant, se faisait legere,
Et la fillette, aux ecrans de Paris,
Regardait tout d'un regard d'etrangere.
A l'Est, d'abord, on l'appela Sorciere,
Forets du Nord, cheveux livres au vent,
Tout un pays, par-dela la frontiere,
Crut en elle comme croient les enfants.
Puis Cannes et Rome et les feux eclatants,
La gloire - un miel ou l'on reste englue;
Mais dans Moscou, fermee a l'Occident,
Chantait la voix qui devait la trouver.
Et la trouva - lui, rauque, entier, mutin,
Qui brulait, allumette, jusqu'au bout.
Dix ans - entre eux, le monde et ses confins,
Deux anneaux qui se tiennent malgre tout.
Et plus de quarante annees loin de lui,
Le livre ou leur vol se brise et s'efface,
Le russe, qui des l'enfance la suit,
Ses mains tenant le passe, frele glace.
Voici septembre. Chez soi. Chers visages,
Ses animaux blottis contre ses pieds.
Elle est partie : l'adieu fut un partage,
Le seuil franchi sans bruit, d'un pas leger.
La Seine est d'automne. Adieu, l'Etrangere.
La-bas, au Nord sauvage - brume, bois,
Ses cheveux jetes au vent, la Sorciere
S'est effacee ou se taisent les voix.
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Konstantin BGDT Privalov
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