I. Brodsky. Discours a propos du lait renverse

Иосиф Бродский. Речь о пролитом молоке, 1967

1
Je m’approche du Noel a la poche vide.
Redacteur retarde avec mon roman solide.
Calendrier de Moscou, infecte par le virus arabe.
Moi, reste au lit, incapable d’avaler les salades
Ni chez le copain surveillant les enfants sanglotant,
Ni chez les parents meme chez ma belle
Car partout on a besoin de l’argent.
J’y reste assis tout mefiant.

2

Oh! Ce maudit metier de poete.
Personne ne m’appelle, au futur la diete;
On pourrait demander les communards mais
Ce serait le meme qu’une femme avare;
Independance perdue est le pire que l’innocence.
D’ailleurs, les reves du mariage
Sont plus agreables
qu’attendre le mirage.

3
Ayant saisi mon status etrange, ma fiancee
durant ces derniers cinq ans m’a lance.
Ou est-elle maintenant, suis innocent:
Dieu le sait ou diable avant.
Elle repete encourageant: “Pas de larmes!
L’essenciel – les sens! Unanime?»
Et de sa part c’est sublime.
Tandis qu’elle aime boire a l’abime.

4
Moi, ayant pas de confiance aux proches,
Deteste pour mon appetit et le vide aux poches,
En plus les enerve par mes regards
Sur la vie humaine et
On me voient le bandit-bavard,
Se moquent de mon faim de loup.
Je m’en fiche de leurs cartes de credit,
«Pas de soupe pour ce maudit!»

5
Me vois au miroire un vieux garcon,
Incapable d’y saisir aucune lecon,
Comment ai-je vecu une existance si longue
Jusqu’au Noel de neuf-cent soixante-sept.
Des turbulences et des pirouettes
Vingt-sept ans en misere et mepris judiciaire,
faisant les yeux au tribunal
Semblant tout sourd et muant.


6

C’est la vie, mes amis. Comme une danse-magie.
(Y vois a vrai-dire la plupart de mots dits)
C’est bien juste, selon Marx. Mais lui,
A bien dit -  l’important est au temps
M’;gorger a l’avant. Suis pas au courant
A qui est la balance, ni de mon paradoxe d’existance.
Y faisant des culbutes de danse.
Milles pardons, sans aucune coherence!

7
Donc, j’ai des raisons.
Personne ne dira: «C’est parti, on y va!»
Ils ont massacre ceux qui contre avant,
Il n’y reste ni vainqueurs, ni resistants.
Ils ont combattu meme ceux qui tuent.
Les staliniens fusilles par eux- memes.
Les canons se taisent  sur les ponts,
Rien dans ma tete que des millions, le bete.

8
On met de l’argent partout,  dans les banques,
aux collants, aux coffres et sous le plafond ;
tout au fond et a la poste,
La nature en est envahie!
Les papiers bruissant comme les arbres au vent!
Moi, je suis au Neant, comme fantome
Tout criant : Au secours!
Pas d’air! Tout mefiant.

9
Au noir, froissement de la neige,
On n’entend que les creusements de beche.
Je vois en face qu’une lumiere de feu
Allonge au lit de fer affreux.
En revanche n’y distingue le regard de Dieu,
Je m’approche du balcon au front
La blanche neige m’etincelle
Sur les etranges toiles de maisons.

10
L’egalite, ce n’est pas tout a fait la fraternite.
Y crois-tu, mon cher ami?
La servitude prevoit l’esclavage,
Meme si a l’aide des revoltes et la rage.
Le capitale prevoit le juste mal.
Tandis que les capitalistes ont menti les communistes
Ces derniers occupent bien leurs trones,
Selon Sylla, y produisant les morphinistes en couronne.


11
Y attend-on un d’ore poisson,
A la production Marx est nul,
Comme le travail n’a jamais capital,
En parlant ainsi tu insultes celui-ci,
Le travail est le but et la forme.
Tandis que l’argent est sa base formelle,
Un truc pour manger et rester en forme.
Voila la logique parfois tragique.

12
Le materiel est plus que la cause.
Actuellement l’economie est au centre du Neant.
Elle nous unie plus que le Paradis,
Parfois nous appelle a battir les citadalles.
En general, chaque chose est une belle,
Elle reve de s’unir.
Comme le pantalon au petit jupon.

13
Une bille d’habitude est mise dans la blouse.
(Comme moi qui torture la Muse)
Non a la Concurence mais a l’Union
On prevoit la prosperite des millions.
N’y pretendant au prevoyant
Il est possible probablement
Que ces paroles abregeant
Le temps drole «un an a deux» annoncant.

14
Il est temps et on a sonne peut-etre
A l’union du Travail avec le Bien-etre.
Le brillant des monnaies maudites
(Aupres des mines solides)
Est-ce plus agreable que le vide aux poches
Plus evident que les regards moches
Mieux que le monde des drogues
Du public survecu en bloc.

15
La peche de malin n’appelle pas orphelin.
Tandis que les brutes y preferent la chute.
Ce n’est pas facile d’y trouver un  commun, enfin:
«Le travail ne correspond guere au Capital».
Grace au Dieu, on ne lit pas le Coran odieux,
Alors n’y suivant pas de theses, ne le partage pas.
Il existe une attirance tres nette
Entre nous deux comme les planetes.

16
Comme un vieux garcon j’y reve du mariage,
N’y attends aucune merveille au pot de miel pareille.
La vie familiale a autant de mal,
Cependant, les deux sont uniques possedants heureux
Qui creent leur bonheur en jouissance
Et ne demandent de payment au Dieu
A ne pas derober n’y est pas demande.
Alors gardez vos bebes !

17
Pour moi, le poete, tout ca est si bete.
Meme plus: je le vois ce «cecibete...»
En ecrivant je me moque: a qui est la silouette,
imbecile contre le loi civil?
Qui vivra verra ce qui est fragile,
Leur consience ou la gloire de mes stances.
Ils n’ont pas de gout ces vulgaires
Cherchant les ennemis partout!

18
L’argent ressemble a la moralite des gens,
Qui l’attendent tomber du ciel  - la Merveille,
Tandis qu’il survole au vent plus librement
que leurs paroles intelligents.
Ce n’est la peine d’en servir,
Qu’au tombeau tu n’en prennes
Jamais, mais selon la Fontaine
Il doit s’agrandir sans peine.

19
Arrieres-pensees mieux que premieres,
Les ames survoles survivent les glacieres.
Biensur que la societe demande propagande
Mieux que les sciences ou l’ouvrier de talent,
Pour le moment on n’y entend de prophete,
Ne faites pas de betises
Pour ne pas tomber aux vices - aux services!

20
Moi, n’y suis guere occupe par vos jouissances
Car n’y vois aucun bon sens.
Me vois perfectionnant de la tete aux pieds :
Sans secret, la nuit-un verre- la lyre.
Pour moi, les arbres verts sont plus apprecies
Que le bois grossier! Sans interet associe.
Mais la vitesse du progres intime
Est compare aux chaussees traversees.

21
C’est la ou est le fond
De l’isolation globale et profonde.
Et l’amitie avec l’espace a la ronde
N’est jamais public mais plutot unique.
En plus cette qualite est atroce pour la plupart,
Elle est au loin de l’egalite, la fraternite.
Autant n’y voit de dignite. A l’heure
Tout y est etranger a l’homme et ses moeurs.

22
Etant tout en stance et prive de mon excellence,
Comme le general devant ses armees,
Je vous chante mes balades.
Que ce moyen site soit bien appris
Par la societe et celle-ci apprecie
L’intelligence et la raison de ses fils
Ainsi excites sans merci.

23
Sinon, les prevoyants, bouddhistes,
spirites et freudistes, leurs medicaments,
psychiques et nevrotiques,
Ceux qui nous dictent l’ephorie et en profitent
Par  notre excitation et jouissance
En provoquant la dependance
Les drogues vont porter au lieu des icones
Et privatiser pour eux-memes les trones.

24
Nos ames dissimulees et voilees,
Nos corps devisses en spirale,
Serons commis en prises avec le morale.
Nos discours prives de verbes en tour
Et grace aux boissons qui agacent
On survolera aux nuages
Pour n'en tomber qu’en cage
On se perdent aux vulgaires mirages.

25
J’y vois notre monde maintenant qui
Est couvert par les toiles d’araignee
Concretement et des labos d’experiences
Couvriront les espaces sans balances!
Ce n’est pas agreable aux yeux
Qui vous regardent malheureux
Suicides enfin a faute
De manque de place et de graces.

26
Sinon, nous torturent les noirs.
Ou on les tueront comme barbares.
Puis revenons silencieux dans nos bars.
Mais ni les premiers, ni deuxiemes
N’ont rien avec les chretiens.
Mon Dieu, soyons ortodoxes, a nous d’eviter paradoxes!
C’est la que la pire trahison – la meprise du Christ
Pour une raison d’agrandir sa propre maison.

27
J’ai jamais suivi des sophistes.
C’est bien du feminisme chez ce qu’on appelle pacifisme.
Mais distinguer les sales des pures murs -
Ce n’est pas notre droit, on me croit.
Je n’y pretends guere mais
Les noirs demandent trop a boire,
Est-ce a nous de compter leurs verres
Et enfin inhumer en terre.

28
Il est important de rendre confort autant
(Qu’on le trouve chez Hobbes)
Moi, tout assis, j’y compte jusqu’a cent six.
Menage n’est mieux que lavage.
Une idee bien fausse danser le pied dans la fosse.
Creer la prosperite au monde -
Voila une pensee profonde. Ou bien
C’est ce qu-on appelle «Culture».

29
Maintenant ceux qui s’appellent les fans
De tournure «la religion est la drogue»
Vont conclure que la liberte pour eux
Est la chance de gagner leur balance.
Mais dans ce cas-la, je dirais «Oh! La-la»
Le choix tout libre n’est qu’une vision d’equilibre!
D’habitude, celui qui triche
Meme au Dieu, s’en fiche.

30
«Pas de Dieu. Mon destin malheureux»
«Aucune chance. Prends une femme – ta balance»
Celui qui se voit comme ca, createur,
Fait de grandes routes entre ses gloires et les chutes.
Alors ses distances sont pour lui ses balances.
Mais il vit toujours a part
Je me regarde ainsi
Sur ma chaise assis.

31
Au noir. La ruelle. Le froid du blocus.
Les montagnes de neiges y entourent la Manege.
Les planetes balancent comme les feux qui dansent,
Allumees au ciel par le Dieu solennel.
Distinguer pieusement Son Visage
Bien etrange aussi que sage,
Y vois les pretextes aux textes.
Le poeme geant plonge au fond du Neant.

32
La Nuit de Noel, toute traditionnelle,
Je me trouve ainsi, au lumiere des casseroles assis.
Avalant la mixture sucre et
Souffrant du nerf fonce, de la chaleur en nuque,
Me rappelant les bouteilles vides
Les mines de l’escorte solide et mes cages
De la prison aux Croix en rage
N’y veux pas contredire, le sage.

33
Et toujours assis sur une chaise ainsi
De l’appartement grand avec la cascade bouillonnant,
Me sens tout en butte comme au tire, en chute
Tressaillis du moindre bruit
Je m’enferme au verrou mais
La nuit me visant tout au front
Par ses cornes de mouton ou l’amour de l’arc
A Stalin fusillant ses confreres-cretins.

34
Allumant le gaz, je rechauffe mon squelette.
Je reste sur ma chaise, tressaille a la mine muette.
Pas de perles au compost, ca m’embete!
Je m’en prends du courage!
Qu’etudier le composte est a mes surveillants au poste!
Patriot, non le coq gaulois qui s’en fiche des lois,
Que les kgbistes fassent a moi leur twiste!
Pas de monnaies dans mon porte-monnaies!

35
Je respire a l’argent et crachant du sang!
On m’attrappe par une gaffe comme poisson en carafe.
enervant les oies, je suis les lois,
Donne-moi le fouet, et vas-y, je m’en vais!
Comme une sourie au noir agitee,
Ressortez des portraits, des icones de ceux-ci!
J’y entends des bruits abattant le jardin des fruits,
Et tombant dans la neige y attends le tenebre cortege.

36
Pas de peine! Sans cortege!
J’ai idee de bruler vos Maneges!
J’ai jamais jure a Boudda malin,
N’y parjure pour un sou
Comme un lache fou!
A fermer vos bec! Mon couteau est sec!
Sans resistance? Abominable stance!
Le pire que chatrer – aucune chance!

37
Comme Aristot au fond du pot,
Suis pas au courant d’ou viennent des slogans.
Pour abattre le Mal et combattre
Il ne faut pas balancer a quatre.
Pour tous affliges et tristes de l’individu,
Souffrant d’infection
Allez-vous en au diable!
La democratie est pour les Miserables !

38
J’admire les pres et les forets,
Les lacs et les monts anciens,
Tous ces biens.  Mais les masculins salauds:
Bons en corps mais vilains,
Ici je suis juste, enregistre la liste
Tant pis pour toi, artiste!
Ou sont vos courages, copains!
Les femmes vous supportent, malins?

39
La nuit est triste aujourd’hui
Comme la marche des soldats sous la pluie.
Pourrais-je aller a l’hotel ou la Belle
Numismate serait-elle une bonne chatte,
Il est paresseux d’attacher, agir.
On reste en calme pour jeuner
Et en face se baptiser
Pour le bien-etre tout a la fenetre.

40
«La verdure d’ete, la verdure d’ete!
Chuchotant ses chants bruisson feuilletant?
C’est si bon, marcher au soleil, en blanc!
Brillant de couleur  et de bonheur,
Une jeune fille admirant et les fleurs,
Soit-elle une fille ou femme
Chantant ses couplets
Comme l’hirondelle en flane».


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